La juge déchu

Celestria

Histoire & Origines

1. La Dernière Ligne

Le ciel du Chult s’assombrissait sans tempête. La fumée des morts-vivants noircissait déjà l’horizon, annonçant la fin d’un avant-poste isolé : celui où Celestria et son unité, les meilleurs guerriers d’Ubtao, tenaient leur dernier bastion. Taru, son mentor, se tenait à ses côtés. C’est lui qui lui avait confié son marteau de guerre des années plus tôt en lui disant : « Tu ne frapperas pas pour être vue. Tu frapperas pour protéger ceux qui ne le peuvent pas. » Quand la horde déferla, elle ressemblait à une marée vivante. Les morts-vivants avançaient comme une vague monstrueuse qui broyait tout sur son passage. Celestria combattit avec une intensité presque animale. Elle ne criait pas : elle grognait, elle frappait, elle tenait la ligne comme si la jungle entière dépendait d’elle. Mais malgré leur courage, ses compagnons tombèrent un par un. Les jumeaux Kentu et Koro, Masika, et enfin Taru — mort en repoussant trois goules d’un seul coup de marteau avant de s’effondrer à ses pieds. Dans le sang, le fer et la poussière, Celestria hurla le nom d’Ubtao. Elle implora un miracle. Une lumière. Un signe. Les dieux restèrent silencieux. Et lorsque le carnage cessa, elle était la seule encore debout. Ainsi s’éteignit sa famille.

2. Le Silence des Dieux

Celestria passa des heures à marcher parmi les corps, ramassant les armes tombées, replaçant une main sur un cœur arrêté, fermement fixant les visages de ceux qu’elle n’avait pas su sauver. Elle appela les dieux une dernière fois. Mais aucun souffle, aucune chaleur ne répondit. Elle ne renonça pas à sa foi d’un geste. Elle la sentit simplement… se déchirer. L’aura céleste en elle, autrefois vive et lumineuse, devint une braise froide, presque éteinte. Ce qui demeurait n’était ni la foi ni l’espoir : c’était la colère.

3. L’Emprise du Fléau

Ras Nsi la trouva ainsi : une survivante farouche, le marteau de Taru serré dans son poing, l’œil perdu dans un mélange de douleur et de rage. Il ne vit pas une paladine. Il vit une arme brisée, une guerrière sans attache, qui ne croyait plus en rien — sauf en sa propre colère. Il lui parla. Elle ne répondit presque pas. Mais elle le suivit, parce qu’elle n’avait plus de chemin, plus de maison, plus d’unité. Elle ne servait pas Ras Nsi. Elle marchait simplement dans la seule direction qui lui restait.

4. La Stase du Serpent

Ras Nsi comprit rapidement que Celestria n’obéirait que tant qu’elle n’avait pas de raison de s’y opposer. Alors, lorsque Mezro réapparut, il l’enferma dans une stase magique, un sommeil sans rêve où le temps ne coulait plus. Elle n’y resta pas un siècle, mais suffisamment longtemps pour que le monde change autour d’elle : les rites oubliés, les temples abandonnés, les ordres dissous, les villages transformés. Quand elle ouvrit de nouveau les yeux, le Chult n’était plus celui qu’elle avait connu. Ras Nsi lui ordonna de servir d’émissaire auprès de Mezro. Elle obéit, par inertie, sans conviction.

5. Le Réveil et la Nouvelle Meute

Sur la route, Celestria fit la rencontre de Yudan, Yax, Nyr et Zoldick. Un groupe disparate, bruyant, indiscipliné… mais étrangement soudé, portant une forme de justice brute et sincère. À travers eux, Celestria retrouva une étincelle oubliée : le sentiment d’appartenir à une meute. De ne pas être seule dans la boue. En apprenant les horreurs que Ras Nsi avait commises durant son sommeil, elle comprit que celui qui l’avait recueillie n’avait jamais été son sauveur. Elle fit alors le choix qu’elle avait refusé de faire autrefois : elle rompit son lien, et marcha vers une justice qui n’appartenait qu’à elle.

6. L’Ombre d’I’jin

Lors de l’exploration de la Cité d’Omu, le groupe entra dans le sanctuaire d’I’jin, dieu charlatan représenté par un almiraj. En s’emparant du cube nécessaire à la progression dans la cité interdite, un lien spirituel se forma entre Celestria et l’esprit ancien. L’entité ne parle pas. Elle ne dirige rien. Elle n’impose aucun trait ou impulsion. Pour l’instant, elle est seulement présente, silencieuse, comme un souffle lointain dans sa conscience. Celestria ignore ce que signifie ce lien, ni ce qu’I’jin cherche en elle. Mais elle sent une curiosité, une attention discrète, comme si l’esprit attendait quelque chose. Elle continuera d’avancer, comme toujours, le marteau de Taru à la main, prête à protéger ceux qui marchent à ses côtés — et à frapper ceux qui menacent son monde, qu’ils soient vivants, morts, ou issus de temps oubliés.