L'enfant de Laelith
Sylas
Backstory & Origins
La Chute de l'Élu et le Sang de Cristal
Chapitre I : L'Anathème de la Cité de Dieu
Laelith, la Cité Sainte, n'était pas construite pour les hommes, mais pour l'écrasante gloire du Dieu-Roi. C'était une architecture de l'orgueil, une montagne de marbre blanc et de dômes dorés qui défiait les cieux, conçue pour que chaque mortel s'y sente insignifiant. Dans ce dédale de prières hurlées et d'encens suffocant, Sylas vint au monde comme une tache d'encre sur une page immaculée. Né sans famille, il fut recueilli par l'Église du Renouveau, non par charité, mais par nécessité de confinement. Dès ses premiers cris, il portait la marque de l'ailleurs. Il était un Aasimar, un être dont le sang était mêlé à la poussière des étoiles et à la volonté des plans supérieurs. Dans n'importe quelle autre contrée de Faerûn, on aurait vu en lui un guide, un héros en devenir. Mais à Laelith, théocratie paranoïaque et absolutiste, toute divinité qui ne venait pas du Dieu-Roi était une hérésie. Son enfance fut une longue solitude dans les cloîtres glacés de la Basse-Ville. Les prêtres le regardaient avec un mélange de crainte superstitieuse et de dégoût. Ses yeux, d'un gris orageux traversé par des éclairs d'une lumière sans source, mettaient mal à l'aise les inquisiteurs. On l'appelait « l'Enfant du Doute ». Il n'avait pas de chambre, mais une cellule. Il n'avait pas de jouets, mais des textes sacrés qu'il devait copier jusqu'à ce que ses doigts saignent, pour « expier » sa nature céleste. Sylas grandit en s'excusant de respirer, priant chaque nuit pour que la lumière qui brûlait sous sa peau s'éteigne et le laisse devenir une ombre anonyme, un fidèle parmi la masse. Il apprit le silence comme une seconde langue, et la honte comme une seconde peau.
Chapitre II : Le Murmure de l'Obsidienne et le Pacte Interdit
L'adolescence de Sylas fut marquée par un appel. Ce n'était pas la voix des prêtres, ni les cantiques qui résonnaient dans la nef, mais une vibration basse, presque infrasonore, qui semblait monter des entrailles de la terre sainte. Une nuit, alors que la ville dormait sous la garde des sentinelles divines, Sylas brisa les scellés des cryptes interdites. Il descendit, guidé par une somnambulisme lucide, s'enfonçant dans les strates oubliées de l'histoire de la ville, là où l'on cachait ce que la foi ne pouvait expliquer. Il la trouva dans une chambre circulaire, où l'air était si froid qu'il brûlait les poumons. Elle était là, fichée dans un bloc d'obsidienne brute qui absorbait la lumière des torches : une épée faite d'un cristal impossible, translucide et tranchant comme un concept philosophique. C'était une arme, oui, mais c'était surtout une prison. Les légendes apocryphes racontaient que même les Paladins les plus vertueux, ceux dont la foi pouvait déplacer les montagnes, n'avaient jamais pu l'ébranler d'un millimètre. Ils avaient échoué parce qu'ils étaient trop pleins de certitudes. Sylas s'approcha. Il ne cherchait ni pouvoir ni gloire. Il cherchait juste à comprendre pourquoi cette chose l'appelait "Frère". Au moment où ses doigts effleurèrent la poignée cristalline, le monde bascula. L'obsidienne n'offrit aucune résistance ; elle se brisa en poussière. L'épée ne fut pas soulevée ; elle se souda à son âme. Une entité s'éveilla dans son esprit. Ce n'était pas un démon, ni un ange bienveillant. C'était une conscience ancienne, enfermée là depuis des éons pour son intransigeance. Elle était la Justice Radicale, celle qui ne connaît ni la nuance, ni la pitié, ni la politique. Elle avait reconnu en Sylas une toile vierge, une âme rejetée par un monde corrompu. Le Pacte de la Lame (Hexblade) fut scellé dans le silence de la crypte. Une énergie occulte, mélange terrifiant de lumière céleste et d'ombres abyssales, inonda les veines de l'orphelin. Il n'était plus seul. Il était le fourreau d'une volonté millénaire.
Chapitre III : La Forge du Fléau et le Mensonge Doré
Le miracle ne pouvait rester caché. Lorsque Sylas remonta à la surface, l'épée de cristal vibrant à son flanc, l'Église du Renouveau fut prise de panique. Mais le dogme est une bête adaptable. Les Hauts-Prêtres, ces politiciens en robes de soie, comprirent rapidement l'atout qu'ils avaient entre les mains. Ils ne pouvaient pas tuer celui qui avait libéré la Relique ; alors ils décidèrent de le posséder. Du jour au lendemain, l'Anathème devint le « Béni ». L'orphelin qu'on cachait fut propulsé sur le devant de la scène. On lui dit que Lathandre l'avait choisi, que l'épée était un fragment de l'Aube, que sa lumière intérieure n'était pas une maladie, mais le feu purificateur dont l'Église avait besoin. Ce fut le début d'un nouvel enfer. L'endoctrinement remplaça la négligence. Des maîtres d'armes le brisèrent physiquement pour le reconstruire en tueur. Des inquisiteurs le brisèrent mentalement pour le reconstruire en fanatique. On lui apprit à ne pas poser de questions, car l'Épée savait. On lui apprit que la pitié était une faiblesse de l'âme. Sylas, affamé d'amour et de reconnaissance, but ce poison. Il voulait tellement croire qu'il avait enfin une place, un but, une famille. Il devint le « Fléau » de la foi, une arme vivante, belle et terrifiante, que l'Église brandissait pour faire taire les dissidents.
Chapitre IV : Le Sang Rouge de Neverwinter
La rupture se produisit à Neverwinter, loin des murs protecteurs de Laelith. L'ordre de mission était clair, scellé de cire rouge : une enclave de Tieffelins, accusée de rites démoniaques visant à invoquer un Prince des Abysses. On décrivit à Sylas des monstres, des corrupteurs, des ennemis de la réalité elle-même. Sylas arriva avec la fureur d'un archange. Il ne frappa pas, il s'abattit. La magie de son Pacte fit de lui une tempête de lames et de lumière. Il défonça les portes, il trancha les ombres. Il se battait avec la certitude absolue de celui qui sauve le monde. Puis, le silence retomba. Lourd. Visqueux. La brume de combat se dissipa. Sylas se tenait au milieu d'une place de marché dévastée. Sous ses bottes, le sang formait des rivières qui rejoignaient les égouts. Il chercha les cercles d'invocation. Il chercha les démons. Il ne trouva rien. Il vit une poupée de chiffon trempée de rouge. Il vit des marchands, des mères, des vieillards. Il vit des Tieffelins, oui, mais pas des cultistes. Juste des gens. Des gens qui avaient eu le tort d'occuper un quartier que l'Église convoitait pour étendre son influence commerciale. Il regarda son épée. Le cristal, d'habitude si pur, semblait avoir bu le massacre. Et pour la première fois, la voix de l'Entité dans sa tête ne fut pas un écho de ses ordres, mais un jugement froid, tranchant comme un rasoir : « Regarde, Porteur. Regarde ce qu'ils ont fait de nous. Ils ont utilisé la Justice pour servir l'Avarice. Ce n'est pas ma Loi. C'est leur mensonge. » Sylas tomba à genoux, hurlant en silence. Le héros qu'il pensait être venait de mourir. Ne restait que le boucher. L'illusion de l'Église se brisa, laissant place à une haine froide et lucide envers ceux qui l'avaient manipulé. Chapitre V : L'Exil, le Chult et la Vraie Quête Il ne retourna jamais faire son rapport. Sylas devint un fantôme. Il revint à Laelith une dernière fois, non pour servir, mais pour saboter. Il déjoua un complot majeur, exposant la corruption d'un cardinal, mais il comprit que le mal était racinaire. Couper une tête ne suffirait pas ; l'arbre entier était pourri. Guidé par l'épée, qui exigeait désormais une expiation par l'action juste, Sylas quitta le continent pour le Chult. Une rumeur terrifiante parcourait le monde : la Malédiction de la Mort. Les âmes ne pouvaient plus être ressuscitées, piégées dans un artefact nécromantique. Pour son Patron de cristal, qui incarnait l'ordre cosmique strict, c'était l'abomination ultime. Pour Sylas, c'était une chance de rédemption. S'il pouvait sauver les âmes de tout Faerûn, peut-être pourrait-il laver la tache de Neverwinter. Il s'enfonça dans la jungle, un guerrier solitaire cherchant à réparer le monde pour se réparer lui-même. Il rejoignit d'autres âmes perdues, combattant dinosaures et morts-vivants, s'approchant peu à peu de la cité perdue de Mezro.
Chapitre VI : Le Choc des Traumatismes et la Chute
C'est dans les ruines de Mezro, alors qu'il touchait au but, que le passé le rattrapa sous la forme la plus inattendue. Il ne vit pas venir l'attaque. Ce fut une explosion de haine pure. Un guerrier, Roland. Sylas ne le connaissait pas, mais Roland le connaissait. Roland, l'ancien clerc trahi par Lathandre, le revenant fou qui avait juré la mort des dieux. Là où Sylas voyait en lui-même un pénitent luttant contre sa nature, Roland ne vit qu'une chose : un Aasimar. Une créature de lumière. Un pion du système céleste qu'il avait juré d'anéantir. Le combat fut d'une violence inouïe. Ce n'était pas un duel, c'était une exécution. Roland se battait avec la force du désespoir et la brutalité de mille morts vécues. Sylas tenta de parer avec sa lame de cristal, invoquant des boucliers d'énergie, mais la haine de Roland était une force élémentaire qui traversait ses défenses. — Tu pues le ciel ! hurla Roland en lui brisant les côtes. Tu es leur marionnette, comme je l'ai été ! Meurs et dis à ton maître que j'arrive ! Laissé pour mort dans la boue et les gravats, le corps disloqué, Sylas ne dut sa survie qu'à la résilience surnaturelle de son sang Aasimar et à la volonté de fer de son épée qui refusa de le laisser expirer.
Chapitre VII : Le Dernier Rempart de Mezro
Aujourd'hui, Sylas est seul. Il a rampé dans les sous-sols d'un temple effondré de Mezro. Chaque respiration est un supplice, chaque mouvement une agonie. Au-dessus de lui, le sol tremble. Ce ne sont plus les pas de Roland, mais ceux d'une armée. Ras Nsi, le seigneur nécromancien, lance l'assaut final sur la cité. Sylas est un soldat brisé, isolé, sans alliés, traqué par un tueur de dieux qui rôde encore probablement dans les parages, et sur le point d'être submergé par une légion de morts-vivants. Il regarde son épée. Elle luit faiblement dans la pénombre, pulsant au rythme de son cœur affaibli. Il n'est plus l'orphelin craintif. Il n'est plus le "Béni" mensonger. Il n'est plus le boucher de Neverwinter. Il est juste un homme au bord de la fin. Il resserre ses doigts ensanglantés sur la poignée de cristal. Une étrange sérénité l'envahit. Il n'y a plus de politique, plus de mensonges, plus de prophéties. Il y a juste lui, sa lame, et une armée de monstres à la porte. Il se relève, vacillant mais debout. « Nous ne mourrons pas ici, » murmure-t-il à l'entité. « Pas avant d'avoir équilibré la balance. » La lame s'illumine d'un éclat aveuglant. Sylas sort de l'ombre pour faire face à la marée. Si c'est ici que sa lumière doit s'éteindre, alors elle s'éteindra en brûlant si fort que même les dieux aveugles de Laelith devront détourner le regard.